Gros nuages sur la production de pétrole à partir de 2013

mise à jour du 07 avril 2006.
Ce document correspond à une analyse issue de :
L'exploration et la production pétrolières dans le monde en 2004
Extrait de "l'Industrie pétrolière en 2004" DIREM Août 2005.
Toutefois il n'est pas très lisible dans cette version originale et j'en ai fait une version plus lisible
Dans ce document les citations du document de référence apparaîtront ainsi.
Mes commentaires éventuels seront en italiques

En 2004, l'industrie pétrolière a répondu à une demande mondiale de produits pétroliers de 81,8 Mb/j (30 Gb par an). Les réserves sont de 1080 Gb.
Note :
Ces 81,8 millions de barils par jour de produits pétroliers liquides incluent 3,3 Mb/j de gains de raffinage, ce qui ramène les productions stricto sensu à 78,5 Mb/j
Le chiffre de 1080 Gb inclut 864 Gb de réserves actuellement développées et 216 Gb de réserves déjà inventoriées mais non encore développées. Ces gisements développés entre 2005 et 2013 assureraient leur production maximale de 35 Mb/j qui déclinerait ensuite jusqu'à leur tarissement.
Les 864 Gb sont donc utilisées pour la production actuelle
Les 216 Gb seront utilisées pour augmenter la production future.
Ces 216 Gb pourront donc produire 35 Mb/j supplémentaires. On notera 1Mb/j nécessite l'exploitation de nouvelles réserves de 6 Gb. D'autres auteurs (Chris Skrebowski) indiquent un ratio de 1 Mb/j pour 4 Gb de réserves.
Il semble donc que l'on ait 36 ans tranquille.
En fait, cette approche d'une grande simplicité, ne traduit en aucune façon la réalité dans la mesure où elle ne prend pas en considération les rigidités techniques qui s'imposent aux opérateurs. Au nombre de ces rigidités qui s'imposent de facto aux opérateurs figure le déclin des productions des gisements actuellement en exploitation (dans cette présentation on retiendra le taux de 3 %, ordre de grandeur le plus généralement admis).
D'autres auteurs retiennent un taux de déclin de 2%

En prenant une demande en hausse de 2 % par an, un taux de déclin de 3% on obtient :
Année Production
des puits actuels
consommation Déficit
à combler
2004 78,5 78,5 0
2005 76,1 80,1 3,9
2006 73,9 81,7 7,8
2007 71,6 83,3 11,7
2008 69,5 85,0 15,5
2009 67,4 86,7 19,3
2010 65,4 88,4 23,0
2011 63,4 90,2 26,7
2012 61,5 92,0 30,5
2013 59,7 93,8 34,1
Supposons maintenant que chaque année on produise en supplément ce qui manque. On suppose comme dans le document de référence que la production supplémentaire en 2005 décroît elle aussi de 3% en 2006. Même chose pour toutes les productions supplémentaires.
D'autres auteurs indiquent que les nouvelles productions mises en oeuvre restent constantes quelques années avant de décliner. Ceci est valable avec les très grands champs du passé exploités avec des techniques relativement douces. Maintenant on utilise des techniques plus agressives pour extraire le maximum de brut le plus vite possible sur des champs plus petits. D'ou le déclin quasi-immédiat.
Il suffit aussi de comparer le ratio réserve/production :
Pour les champs anciens : 864 / 78.5 = 11
Pour les champs nouveaux : 256 / 35 = 6.2
Les nouveaux champs sont donc exploités plus intensément.
Année consommation Production
après déclin
Production
supplémentaire
Cumul prod
supplémentaire
2004 78,5 78.5 0 0
2005 80,1 76,1 3,9 3,9
2006 81,7 77,7 4,0 7,9
2007 83,3 79,2 4,1 12,0
2008 85,0 80,8 4,2 16,2
2009 86,7 82,4 4,2 20,4
2010 88,4 84,1 4,3 24,8
2011 90,2 85,8 4,4 29,2
2012 92,0 87,5 4,5 33,7
2013 93,8 89,2 4,6 38,3
On notera donc l'écart en 2013 entre les deux tableaux 38,8 au lieu de 34,1. On voit donc que les 35 Mb/j à produire à partir des 216 Gb découverts mais non exploités actuellement couvrent jusqu'en 2012-2013.

Même raisonnement en prenant une demande en hausse de 2 % par an et un taux de déclin de 2% :
Année Production
des puits actuels
consommation Déficit
à combler
2004 78.5 78.5 0
2005 76.9 80.1 3.1
2006 75.4 81.7 6.3
2007 73.9 83.3 9.4
2008 72.4 85.0 12.6
2009 70.9 86.7 15.7
2010 69.5 88.4 18.9
2011 68.1 90.2 22.0
2012 66.8 92.0 25.2
2013 65.4 93.8 28.4
2014 64.1 95.7 31.6
2015 62.9 97.6 34.7
Même raisonnement en prenant une demande en hausse de 1 % par an et un taux de déclin de 2% :
Année Production
des puits actuels
consommation Déficit
à combler
2004 78.5 78.5 0
2005 77.0 79.3 2.4
2006 75.4 80.1 4.7
2007 73.9 80.9 7.0
2008 72.4 81.7 9.3
2009 70.9 82.5 11.5
2010 69.5 83.3 13.8
2011 68.1 84.2 16.0
2012 66.8 85.0 18.2
2013 65.4 85.9 20.4
2014 64.1 86.7 22.6
2015 62.9 87.6 24.7
2016 61.6 88.5 26.9
2017 60.4 89.3 29.0
2018 59.2 90.2 31.1
2019 58.0 91.1 33.2
Conclusion : les réserves actuelles de 216 Gb permettent donc de tenir, suivant les hypothèses, dans une fourchette de 2012 à 2019. Maintenant, si on prend le ratio optimiste de 1 Mb/j pour 4 Gb de réserves on gagne encore quelques années pour aller en 2027 dans le meilleur cas. Mais, il faut voir aussi que ces nouveaux pétroles sont de moins bonne qualité que les anciens et que leur extraction sera plus difficile. Donc le débit de 1 Mb/j pour 6 Gb pour les productions à venir paraît plus raisonnable.

Reprenons une demande en hausse de 2 % par an avec un taux de déclin de 3% et avec un ratio de 1 Mb/j pour 6 Gb de réserves.
Après 2013, les opérateurs devront installer chaque année de nouvelles capacités de production qui à leur tour déclineront dès leur mise en service. Il faudra compter pour cela sur les découvertes futures (2006 et après).
En 2014, le trou à combler sera de 4.7 Mb/j. Il faut donc découvrir 28 Gb d'ici là.
En 2015, à combler 4.8 Mb/j. A découvrir 29 Gb (cumul 57 Gb).
En 2016, à combler 4.9 Mb/j. A découvrir 29 Gb (cumul 86 Gb). L'idéal serait de découvrir les réserves pour 2014 en 2006 (pour 2015 en 2007) ... En effet il faut un délai important entre la découverte et la mise en pleine production, surtout pour celles à venir à priori en zone difficile (offshore profond, articque).

S'agissant des perspectives de découvertes, les géologues ne disposent que de deux méthodes qu'ils utilisent conjointement :
La première, vise à projeter dans le futur les tendances du passé. Ils sont donc amenés à se référer aux résultats suivants obtenus par l'exploration aux cours du passé récent par exemple entre 1973 et 2004.
les réserves de pétrole ont été portées de 575 Gb en 1973 à 1080 Gb en 2004, ce qui compte tenu d'une production cumulée de 741 Gb pendant la période, porte à 1246 Gb le total des réserves de brut découvertes de 1973 à 2004 (soit un taux annuel moyen de découverte de 40,2 Gb). cependant sur ces 1246 Gb 872 Gb correspondent à des réévaluations de réserve (principalement au Moyen-Orient dans les années 1980). Les vraies découvertes sont donc de 374 Gb soit 12-13 Gb par an en moyenne.

Et encore la plupart ont été faites au début ce cette période. Les découvertes en 2006, 2007 si elles continuent sur la tendance des dernières années seront très loin des 28 Gb espérés pour faire la jointure en 2014.

La seconde méthode, consiste à réaliser une évaluation systématique des potentialités du domaine minier mondial, bassin par bassin et d'en déduire les découvertes futures susceptibles d'y être réalisées. Cette méthode pour être parfaitement efficiente impliquerait que les géologues disposent a priori d'une connaissance géologique achevée du millier de bassins sédimentaires identifiés dans le monde. Ceci est loin d'être le cas car l'exploration procède par approches successives et avance à mesure que ses outils lui ouvrent de nouvelles frontières (au nombre des dernières figurent l'offshore profond ou encore les sables asphaltiques du Canada et du Venezuela). Ainsi, faute de disposer d'un tel tableau de bord, les géologues utilisent des méthodes probabilistes par nature incertaines. Cette seconde méthode est donc également critiquable.

Malgré ces insuffisances, la mise en œuvre conjuguée des deux méthodes peut apporter une certaine visibilité sur les résultats attendus de l'exploration dans un certain nombre de cas favorables en particulier sur les grandes régions pétrolières dont la géologie et les thèmes d'exploration sont bien connus et où l'inventaire pétrolier est encore loin d'être achevé comme ceci est par exemple le cas pour le golfe du Mexique, la Sibérie occidentale, le Golfe de Guinée, etc. Sur cette base, on pourrait avoir une "probabilité raisonnable" de découvrir 10 à 20 Gb en moyenne annuelle pendant les toutes prochaines décennies.

A combien se chiffre cette probabilité raisonnable de découvrir chaque année 10 à 20 GB ? Sachant qu'il en faudrait 28 ?

Remarque : en 2005 les découvertes réelles ont été de 5 Gb d'après l'ASPO.

Analyse de fabinoo du 16 aout 2005

Le rapport Français annonçant 2013 comme date possible du Pic il y a quelques mois (semaines ?) avait fait grand bruit. C'était la première fois qu'un rapport officiel d'une institution gouvernementale envisageait un Pic à une date si rapprochée.

http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/054000323/0000.pdf (Note : c'est le meme qu'en haut)

La méthode utilisée dans le rapport me paraît être la bonne : mesurer la dépletion des capacités existantes, extrapoler la hausse de la demande, faire la différence entre les deux, et se demander pendant combien de temps on va pouvoir combler la différence en fonction de quelques paramètres : réserves connues mais non exploitées à mettre en chantier, perspectives de découvertes nouvelles...

Si la méthode semble bonne, en revanche j'ai quelques doutes sur les hypothèses retenues pour nourrir le calcul. Extraits et commentaires :

Un premier point très intéressant du rapport est l'explication donnée à la réévaluation des réserves de l'Opep entre 1985. Selon l'Aspo, ces réserves sont très douteuses, et devraient conduire à considérer que les réserves Opep sont surrévaluée. Selon ce rapport, en revanche, s'il y a eu réévaluation, c'est parce qu'avant 1985, les pays de l'Opep étaient négligeants envers l'état de leurs réserves, et ont pris conscience à ce moment-là qu'il fallait les mesurer précisément (toujours parce qu'ils voulaient augmenter leurs quotas, là il y a accord avec l'Aspo). Ils ont alors découverts qu'ils en avaient plein, du pétrole, les heureux hommes. Donc, le rapport considère que les réserves du moyen-orient ne sont pas surrévaluées. Sur ce plan, je n'ai pas les moyens de me faire une opinion.

Ensuite, le rapport liste les régions du globe qui vont pouvoir bénéficier d'une forte hausse de production jusqu'en 2013 :

Citation :
Viennent ensuite les projets qui sont en cours en Arabie saoudite. Tout confondu ils permettraient d’installer 4 à 5 Mb/j d’ici 2013 via des opérations de diverses natures
[...]
En Mer profonde, les récentes découvertes actuellement en développement permettront de porter la production actuelle de 2,5 Mb/j à 8 à 10 Mb/j en moins d’une dizaine d’année.
[...]
En Irak, environ 3 ans seront nécessaires pour restaurer l’ancienne capacité de 3,5 Mb/j. A cela s’ajouteraient 3 à 4 Mb/j à installer en 5 à 7 ans sur les gisements géants inventoriés mais encore jamais exploités. Tout ceci à condition que la situation le permette.
Pour l'Arabie Saoudite, on dira que c'est optimiste.
Pour le off-shore profond, je connais assez peu de techniques ayant eu un développement aussi fulgurant dans un domaine industriel.
En ce qui concerne l'Irak, la situation actuelle laisse penser qu'on sera au tiers de ce qui est espéré en 2013.
Au bas mot, une hypothèse moyennement optimiste enlèverait 8 à 10 Mb/j. En clair, en prenant la méthode de calcul de cet institut et en y mettant des chiffres plus réalistes, on rejoint à peu près la date de l'Aspo, sans même mettre en doute les chiffres de l'ensemble du moyen-orient (simplement de l'Arabie Saoudite).
Sur le plus long terme, le rapport prétend s'intéresse aux découvertes à venir, qui seront mises en oeuvre après 2013 :
Citation :
Sur cette base, pourrait se dégager une "probabilité raisonnable" sur l'existence de potentialités suffisantes pour permettre la découverte de quelques 10 à 20 Gb d’huile en moyenne annuelle pendant les toutes prochaines décennies (ce qui oscille autour des 14 Gb découverts en moyenne annuelle entre 1973 et 2004, s’il était fait abstraction des réévaluations dont il a été précisé qu’elles ne constituaient pas un phénomène récurrent à prendre en considération pour l’avenir)

Là encore, le rapport se montre d'un optimisme impressionnant, et oublie de préciser que cette moyenne de 14Gb est obtenue par de grosses découvertes dans les années 70, qui vont se raréfiant à mesure que l'on s'approche de 2004. Même le bas de leur fourchette, 10 Gbl, serait optimiste, car il considérerait pour le moins que le rythme de découverte ne baissera plus à l'avenir.

20 Gbl donnerait un Pic en 2023 à 113 Mbl/j, on ne nous dit pas ce que donnerait 10.

En résumé, le Pic en 2013 évoqué dans ce rapport supposerait que tout trouble en Irak soit déjà terminé, qu'aucun des projets actuellement en cours de mise en oeuvre ne connaisse la moindre défaillance ou mauvaise surprise, et que les réévaluations de l'Opep aient bien abouti à une mesure juste de ses réserves. On n'est pas rendu.

De plus, ceci ne peut se faire qu'à condition que :

Citation :
[la] masse d’investissement serait à doubler pour tenir compte du gaz et des infrastructures pétrolières et gazières à installer, ce qui au final aboutirait à un ordre de grandeur minimal de 250 G$ par an contre 100 à 120 G$ par an au cours de la décennie passée.
Une broutille.

Analyse de sylvain du 24 fev 2006

DE L'INTÉRÊT DES ANNÉES DE RÉSERVE DE PÉTROLE

Lorsque l'on parle des réserves de pétrole, on entend souvent dire que « nous avons des réserves pour 40 ans ». Cette manière de voir les choses donne l'impression que la situation n'est pas problématique : « les problèmes ne commenceront que dans 40 ans. ». Mathématiquement, cette assertion est vraie : lorsque l'on divise les réserves de pétrole par la consommation annuelle actuelle, on obtient un résultat de 40 années.

Il y a pourtant 2 objections à faire à ceci :

1. La consommation de pétrole dans le monde n'est pas constante d'une année sur l'autre. Elle augmente (les seules périodes où la consommation mondiale n'a pas augmentée sont les 2 chocs pétroliers de 1974 et 1979). Ainsi, avec une consommation croissante, nos réserves dureront moins de 40 ans.

2. Et le plus important : lorsque l'on parle de « 40 années de réserves », on suppose implicitement que dans 41 ans, tous les gisements de pétrole de toute la planète tomberont tous à sec, tous au même moment. Cela laisse perplexe. Confused D'une part, la production d'un gisement de pétrole ne tombe pas à zéro du jour au lendemain : le déclin est progressif. Voir par exemple le déclin de la production des champs de la Mer du Nord. D'autre part, on peut raisonnablement supposer que les champs qui sont exploités depuis plus longtemps déclineront plus tôt que les champs nouvellement mis en production. Par exemple, le champ ayant le plus important débit de la planète (Ghawar en Arabie Saoudite, qui produit 4,5 millions de barils par jour) est exploité depuis 19XX. Son déclin arrivera avant celui de (exemple de champ récemment mis en production. Nigéria ?) qui produit X barils de pétrole par jour.

Il ne faudrait donc pas parler « d'années de réserve de pétrole », qui laisse croire insidieusement à une situation d'abondance, suivie brutalement par une pénurie (on fermerait le "robinet" en quelque sorte), mais à une situation de déclin progressif, entraînant une hausse probable et continue du prix du pétrole. Peut-être peut-on s'intéresser la notion de débit ? Ce qui importe pour faire tourner l'économie, ce ne sont pas les réserves, mais bel et bien la quantité de pétrole que l'on peut utiliser au jour le jour. Actuellement, le monde produit et consomme 84 millions de barils par jour. Quelles quantités de pétrole seront disponibles quotidiennement demain ?